Syberia : The World Before (PS5)

Développé par : MICROIDS STUDIO PARIS (France) et KOALABS (France)

Sorti à l’origine en : novembre 2022 (Europe, version PS5)

Comment j’ai pratiqué : Terminé en 18h (6 sessions), sur PS5 avec la manette Dual Sense. 60 images par secondes. Édition PS5 version 1.003.000. Textes et voix en français, avec sous-titres.

Bidouilles diverses : Aucune.

Démêlez les destins croisés de Kate Walker, une avocate New-Yorkaise dont la vie a été bouleversée par l’appel de l’aventure, et de Dana Roze, une jeune et prometteuse pianiste de Vaghen, dont la carrière est menacée par l’ombre de la Seconde Guerre mondiale.

- Plongez dans une histoire riche et captivante
Embarquez pour un incroyable voyage à travers de magnifiques destinations d’Europe de l’Est, tour à tour en 1937 et en 2004. Bercés par la musique d’Inon Zur et du Budapest Film Symphony, assemblez les pièces des puzzles qui vous permettront d’élucider le mystère de deux vies inexplicablement liées

- Résolvez des énigmes et des puzzles ingénieux
Vivez une aventure sans précédent, utilisez à bon escient votre intelligence, réparez des instruments de musique, débloquez des mécanismes uniques, trouvez le moyen de ramener à la vie des machines du passé, mais surtout observez attentivement ce qui vous entoure pour récolter des indices

- Une bande son symphonique créée par Inon Zur
Le Budapest Film Symphony, dirigé par le compositeur de renommée internationale Inon Zur (Prince of Persia, Dragon Age, Fallout…), a créé une bande-son sensationnelle et interprété des thèmes enchanteurs autour des personnages et lieux rencontrés tout au long du jeu !

- Découvrez l’univers de Benoit Sokal
Syberia : The World Before est le point culminant de l’univers Steampunk et merveilleux du regretté Benoit Sokal. Après les deux premiers jeux Syberia au début des années 2000, aujourd’hui considérés comme des classiques du genre Aventure, et un troisième opus en 2017, Syberia revient plus fort que jamais, avec une toute nouvelle histoire pouvant être jouée indépendamment des autres, et des graphismes modernisés
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Voici une autre saga que je pratique en coopération, Syberia ; celle-ci avec mon amie Kristel, en se passant la manette régulièrement — puisque contrairement à We Were Here, ce sont des vidéogiciels conçus pour se pratiquer en solo.

Il est toujours un peu difficile pour moi d’aborder la rédaction d’une critique de cette série, puisque l’on met très longtemps à terminer chacun d’entre eux. Par exemple, pour Syberia : The World Before, que j’appellerai STWB, cela nous a pris six dimanches, et comme il y a des mois où on ne s’est pas vu, et bien au final il s’est écoulé huit mois entre le commencement et la conclusion de cette aventure. Il en découle que mes souvenirs sont moins précis et moins spécifiques que d’habitude (aussi parce que je n’ai pas pris de notes).

Je dois donc décrire mon expérience de façon un peu plus distante.

Ce que je retiens de STWB, c’est la trajectoire qu’il emprunte à l’échelle de la saga. C’est un vidéogiciel qui est plus accessible encore que Syberia 3, qui l’était déjà beaucoup plus que Syberia II ; c’est une histoire qui cette fois regarde beaucoup l’humain, plus que jamais ; et c’est enfin une prouesse visuelle qui m’a beaucoup impressionné, et qui semble inouïe en terme de rapport entre le budget qui a dû être mis sur la table et les retours sur investissements dont je peux imaginer qu’ils sont très limités pour un VG de ce genre.

Un challenge interactif très accessible. Les développeurs cherchent clairement à élargir leur public au-delà des aficionados hardcore du vidéogiciel d’aventure en pointer-cliquer, seuls à même d’apprécier des opus comme les deux premiers, qui pouvaient s’avérer, à mon sens, très difficiles.

Ici, une aide est accessible à n’importe quel moment, même si on doit attendre un peu qu’elle se recharge après l’avoir utilisée ; certainement pour nous empêcher de la solliciter toutes les deux secondes, ce qui me semble plutôt bien vu.

L’objectif en cours est consultable dans le menu et même affichable à l’écran.

Les points d’interaction sont bien visibles dans le décor ; en déplaçant Kate jusqu’à eux ça les « active » et l’interface indique quelle touche utiliser pour accomplir quelle action.

Il est très rare qu’une énigme réclame un objet se trouvant très loin voire même en dehors de la salle où elle se trouve. En fait les zones sont très peu étendues, et le VG referme régulièrement le chemin dernière nous, et limite ainsi la surface à explorer. Il en résulte que l’on est très rarement bloqué et que la progression est assez évidente. On est vraiment très loin des petits mondes de Syberia II, je pense par exemple à la première ville, avec tous ses personnages, son sentier de montage, son château, ses moines… C’était un véritable challenge de progresser, alors. On en est très loin et je le regrette un peu ; même si clairement ce que perd STWB en challenge interactif, il le gagne en cinématographie. Pas que l’absence de l’un permette à l’autre de s’épanouir ; plutôt que la cinématographie « nourrit » l’âme du public là où auparavant c’était plutôt le challenge qui s’en chargeait. Mais je pense que l’on pourrait très bien avoir les deux, que rien ne l’empêche dans l’absolu.

Les machines alambiquées sont toujours là, mais même elles n’opposent plus la résistance de celles des premiers opus.

Les développeurs ont aussi intégré un système d’objectifs facultatifs « manquables » et malheureusement (pour mon cerveau obsessionnel), on en a manqué ! C’était avant que j’insiste auprès de ma partenaire de coop’ pour qu’on y fasse attention. J’ai mis dans la galerie plus bas l’écran de tutoriel qui les présente.

Ce nouvel épisode se concentre sur l’humain. J’écris cela parce que les anciens Syberia donnaient la part belle à des peuples autochtones, à des animaux exotiques, à des architectures, à des automates, à la nature… C’est quand même différent dans STWB puisqu’à la fois la mise en scène plus cinématographique que jamais partage beaucoup d’émotions des protagonistes, avec des cinématiques très fréquentes et des expressions faciales très soignées, très parlantes, et à la fois on suit en parallèle une jeune femme du nom de Dana Roze, qui pourrait être la grand-mère de Kate Walker, à l’époque de la seconde guerre mondiale et alors qu’elle fait partie d’une minorité menacée par l’équivalent des Nazis dans le monde de Syberia — l’Ombre Brune.

Ce Syberia nous parle donc de l’histoire sombre de l’humanité, de guerre, de déportation voire d’extermination, de lutte armée, de persécution, de trahison… L’exotisme est toujours là à travers l’architecture de la ville de Vaghen, et aussi à travers le personne de Ludwig, qui est un « homme des neiges » en quelque sorte… Mais l’accent est clairement mis sur les émotions des hommes et femmes, les relations qu’ils tissent et ce qu’ils accomplissent aussi bien en terme d’art que de politique.

C’est un gros changement pour une série qui n’a finalement jamais cessé d’évoluer, puisque la tonalité du troisième épisode était elle aussi très différente de celle de l’aventure solitaire du second. C’est pour moi le signe d’une créativité très vivace, qui a toujours des choses à nous raconter et à nous faire ressentir.

J’ai lu d’ailleurs que Benoît Sokal, qui est décédé, avait laissé aux équipes de développement des notes pour un cinquième volet. Hélas, le studio parisien a fermé ses portes depuis et je ne sais pas du tout si la compagnie mère MICROIDS prévoit de confier la production d’une suite à un autre de ses studios de développement.

Une réalisation graphique incroyable. Je ne peux m’empêcher de me demander si la fermeture du studio parisien n’est pas une conséquence des moyens alloués à STWB et de sa prestation commerciale insuffisante. Nous vivons dans un monde bien absurde, où des projets comme celui-ci sont rendus potentiellement impossibles à cause de l’argent. Argent qui coule à flots à côté pour des FPS en ligne sortant annuellement et sans grande ambition artistique… C’est quand même bien dommage. Ce serait beau si l’argent que les gens mettaient chaque année dans Call of Duty était mis dans un pot commun et servait ensuite à financer des œuvres comme Syberia…

Mais revenons à nos moutons. Les développeurs ont accompli un travail qui me laisse pantois d’admiration. Ils ont produit un vidéogiciel en HD avec une patte artistique d’une puissance et d’une personnalité que je n’avais pas observée depuis peut-être la sixième génération (la PS2). Je pense souvent que les vidéogiciels HD se ressemblent tous ; ils affichent tous énormément de détails, dans un photoréalisme assez stérile si l’on parle de créer une ambiance, une atmosphère.

STWB est peut-être le premier vidéogiciel que je pratique avec une telle définition et un tel niveau de détail, tout en offrant une esthétique aussi personnelle et singulière. Pour être plus précis, ce n’est pas que l’on n’a aucun VG magnifique sur PS5 ; je me rappelle par exemple de Call of the Sea que j’avais trouvé formidable de ce point de vue. C’est plutôt qu’identité visuelle forte et niveau de détail se marient très mal généralement. On a toujours des VG aux esthétiques chouettes, oui, mais au rendu simplifié par rapport à la résolution de l’écran ; STWB a pour lui d’associer un réalisme visuel inouï (et qui a dû coûter cher à produire) à une vision artistique très personnelle.

C’est un petit miracle, voire une anomalie ? Au même titre que Death Stranding ? Était-il « raisonnable » dans l’économie de marché que l’on subit de mettre autant de moyens financiers sur un tel titre ? Je me pose la question, alors que MICROIDS STUDIO PARIS a fermé depuis. Je me réjouis que STWB ait pu être produit en l’état — sans pour autant affirmer qu’un rendu avec moins de pixels serait moins valide de la moindre façon.

Les personnages sont superbement modélisés et animés. Déplacer Kate au sein de son environnement, la faire courir en maintenant la gâchette R2, sont de purs bonheurs. Les cinématiques sont magnifiques. Observer la ville et ses environs, prendre le tram et s’imprégner du paysage qui défile constituent pour le public une expérience de voyage immobile. En pratiquant STWB, on est dépaysé, on part nous aussi à l’aventure ; une aventure plus urbaine, plus citadine et proche de la civilisation que d’habitude, mais une aventure tout de même, qui nous transporte loin… et tout à la fois au plus près de ce qui fait notre humanité : beaucoup de sentiments, de contemplation et d’émotions — la peine, la joie, la peur, l’émerveillement, la mort, les regrets, les dilemmes, le recueillement sur le passé, la perspective d’un prochain voyage…

Ce quatrième opus de Syberia se veut plus accessible et accueillant pour les aventuriers occasionnels, tout en montrant une ambition inédite dans sa réalisation audiovisuelle et la richesse de sa cinématographie. Il nous offre une aventure adulte centrée sur une galerie de personnages évoluant à plusieurs époques. Kate Walker plonge dans ses racines... C'est beau, touchant et stupéfiant. C'est la dernière œuvre à laquelle ait participé activement Benoît Sokal de son vivant. Bravo !
Verdict = dispensable | ok | vaut le coup ! | énormissime

 

Note(s)

  1. ^ Présentation du Playstation Store.

 

Galerie d’images

01a
Ce vidéogiciel est visuellement à tomber par terre. Autant Kate Walker que les décors sont magnifiques…
01b
…dans cet épisode, on trouve à certains moments de l’histoire la possibilité de « faire le point »…
01c
…cela permet à Kate de faire une pause et de méditer sur sa situation…
01d
…de façon générale, je pense que Kate n’a jamais été aussi proche du public, notamment en se confiant fréquemment sur ses états d’âme. J’aime beaucoup cette évolution de la série. Le fait de la voir parfois sans sa grosse veste la rend aussi plus familière je trouve.
02a
Les décors urbains sont eux aussi incroyables…
02b
…
02c
…cette ville de Vaghen a beaucoup de caractère, avec sa luminosité, sa brume, son architecture…
03a
Et puis des fois on prend le tram…
03b
…
03c
…c’est époustouflant.
04a
Les décors naturels ne sont pas en reste…
04b
…
04c
…esthétiquement ce vidéogiciel me transporte ! Il a une patte très forte.
05
Kate a malheureusement peu de considération pour les expéditeurs de ses trois ans de courriels, qu’elle décide de supprimer en un clic ! « Loin des yeux, loin du cœur », ça lui va assez bien : c’est quelqu’un de très empathique avec les êtres qui sont en face d’elle, mais bien peu avec ceux dont elle est séparée par la distance.
06a
Oscar nous revient sous la forme d’un… hérisson (?) mécanique, sans que je puisse vous dire ce qui narrativement le justifie…
06b
…il est toujours rigolo, et on le dirige à la manette lors de quelques séquences en vue subjectives où Kate l’envoie en éclaireur dans des passages trop petits pour elle.
07
Cet épisode aborde l’histoire proche sombre de l’humanité, avec l’Ombre Brune comme substitut fictif des Nazis.
08a
Comme je le disais à mon amie Kristel, cette dernière énigme est un petit peu le boss final de l’aventure…
08b
…on a un petit peu galérer à comprendre, et à trouver l’ensemble des interactons possibles, notamment bouger les bras de l’automate…
08c
…mais c’est Kristel qui a trouvé comment bouger les bras, alors bravo à elle ! Et on a pu récupérer la lettre cachée dans la tête de l’automate, sans tricher avec une soluce.
09a
Les visages m’ont bluffé…
09b
…je les ai trouvés très expressifs. Ici, la vieille Dana Roze contemple sa fille adulte, qui a grandi sans la connaître. Elle décide de ne pas se révéler, se sentant comme une intruse.
11
Le système d’objectifs secondaires expliqué.
10
La dernière image : Kate s’en allant encore une fois, en train, vers de nouvelles aventures.

 

Commentaires

1. Le mercredi 19 août 2026, 20:40 par Titich

Coucou!

Merci pour cette nouvelle critique très bien rédigée.
Syberia est vraiment un jeu à part, avec des décors splendides et un sens de la poésie tout à fait rare dans le monde du jeu vidéo.
Ce jeu parle beaucoup de nostalgie, comme souvent avec Benoit Sokal.
Merci d'avoir mis en valeur cette perle ❤️

2. Le samedi 22 août 2026, 09:09 par Marie-Thérèse

Belle critique avec une réflexion intéressante sur les VG « commerciaux » et des images à couper le souffle ! Merci pour ce partage!

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