The Darkside Detective (PS4)

Développé par : SPOOKY DOORWAY (Irlande), porté sur PS4 par KITTEHFACE SOFTWARE (Texas)

Sorti à l’origine en : juillet 2017 (Europe, version PC)

Comment j’ai pratiqué : Terminé en 7h45 (une dizaine de sessions), sur PS4 Pro avec la manette Dual Shock 4 équipée de la fixation dorsale de commandes. 60 images par secondes (je pense). Édition PS4 version 01.71 (numéro interne au VG : 2.66.826). Textes en français, pas de voix.

Bidouilles diverses : J’ai affecté les boutons rond et croix sur les palettes droite et gauche de la fixation dorsale de commandes.

Partout où les apparitions apparaissent, où les démons demeurent et où l’occulte… occultise ? *hum hum* C’est là que vous trouverez l’inspecteur Francis McQueen, principal enquêteur de la terriblement sous-financée Division du Côté Obscur. Et quand le mal plane sur la ville de Twin Lakes (ou qu’il se contente de barbouiller les devantures de magasins, ou de traîner dans une ruelle pas nette) il surgit, prêt à enquêter sur les affaires que nul autre n’a le courage d’accepter.

Il est l’inspecteur du Côté Obscur, le Darkside Detective…

La SAISON 1 COMPLÈTE de ce jeu d’aventure en épisodes bourré d’humour et plusieurs fois récompensé met en scène l’inspecteur McQueen et son acolyte, l’officier Patrick Dooley, alors qu’ils mènent l’enquête sur les événements qui tourmentent Twin Peaks et ses habitants hauts en couleur. Pointez votre souris sur tout ce qui bouge (et ne bouge pas), cliquez à travers des lieux mystérieux et inquiétants et utilisez votre matière grise (ou bien empruntez celle d’un ami) pour résoudre chaque affaire !

Liste des caractéristiques
• 9 mini-enquêtes paranormales à mener à travers la ville de Twin Lakes, y compris une affaire spectaculaire spécial Noël
• Au moins trois blagues (à peu près) potables
• Le dernier cri en matière de pixels haute définition
• Un annule-sortilège offert (valable pour un sortilège réalisé par une sorcière de niveau moyen)
• Musique de Ben Prunty, le magicien des sons responsable de la B.O. de joyaux tels que FTL et Gravity Ghost
[1]

Je n’ai pas adoré ce VG, que j’appellerai TDD. D’un côté j’ai beaucoup de sympathie pour la forme « pointer-cliquer », et je trouve les couleurs très belles, d’un autre je n’ai vraiment pas accroché à l’écriture de l’histoire et particulièrement à l’humour.

Les dialogues relèvent constamment du douzième degré. Les personnages sont là pour dire n’importe quoi et agir n’importe comment, et je suis sûr qu’ils seraient même capables de le dire explicitement si on leur demandait (puisque le quatrième mur est brisé à plusieurs reprises).

Alors oui il y a des tonnes de références à la culture pop, rien qu’avec la présentation un peu plus haut vous avez pu repérer Twin Peaks et The X-Files si vous en êtes un peu familier. Ça amuse des gens, de toute évidence, au vu des critiques positives sur Steam.

Moi j’avoue que ça m’a quand même ennuyé… D’autant que le VG est divisé en neuf affaires sans aucun fil rouge, donc on redémarre régulièrement une nouvelle intrigue et aucun enjeu ne perdure sur la durée. De toute façon, les affaires sont résolues de manière évidemment extrêmement loufoque et pas du tout vraisemblable, puisque le VG ne prend rien au sérieux.

La difficulté est plutôt très faible pour un pointer-cliquer, même si j’ai tourné beaucoup en rond dans l’affaire qui se déroule dans un centre commercial à Noël. Un personnage fournissait de la pâte à gâteau mais j’avais zappé ça car j’avais sans doute passé un peu vite le dialogue la première fois (faut dire, les blagues Carambar, au bout d’un moment…). Reste que le VG dans son ensemble m’a paru vraiment facile, un VG d’aventure pour les débutants en quelque sorte.

Bon, malgré tout ça, je suis quand même arrivé à le finir, avec de la patience, et en me limitant à une affaire par session. Ça se laisse relativement faire… Et j’avoue que je suis curieux de la suite car j’ai lu que l’univers est développé et les enquêtes plus longues et ambitieuses. En soit, j’aime ce type de challenge interactif ; je suis juste pour le coup vraiment hermétique à l’histoire. Ce douzième degré permanent ne me permet d’accrocher à rien. Pire, un personnage comme Dooley, complotiste +++, ne me fait pas rire — il m’horripile, m’exaspère, me désespère. Je sais très bien que des gens comme lui existent, qu’ils ne croient pas au réchauffement climatique, qu’ils croient à peu près 0% de ce que disent les scientifiques, et ils sont inatteignables. On ne peut pas les raisonner.

Ce sont par exemple les agriculteurs de la Coordination Rurale qui vont parler à une hydrologue, lui dire qu’elle se trompe sur les bassines et décider de creuser illégalement leurs propres retenues d’eau, au mépris forcené de l’état des nappes qui empirera et de la disponibilité de l’eau en aval pour les besoins essentiels — soit pas le type d’agriculture assoiffée d’eau dont on peut et dont on devrait se passer aujourd’hui…

Ce que je veux dire par là, c’est que des gens comme Dooley qui rejettent des connaissances communes essentielles, il y en a dans la vraie vie et ils sont très loin de me faire rire. C’est plutôt tragique, même. Je sais que leur entêtement et leur déni sont le produit d’un système et de circonstances… Mais cela n’enlève rien à ce que je trouve leur comportement et leurs déclarations très inquiétantes, notamment leur hostilité et même leurs menaces explicites envers les écologistes, qu’ils ont désignés comme les responsables de tous leurs maux… Ce qui est un contresens terrible.

Voilà pour vous expliquer ce que le personnage de Dooley, que les scénaristes ont sans doute voulu drôle, avait suscité en moi. Le vidéogiciel est sorti en 2017, peut-être que le sujet du complotisme et de façon plus générale la perte de confiance dans le savoir scientifique, ne seraient plus traités de la même façon aujourd’hui ? Notamment après l’épidémie de COVID. Je sais qu’il va bientôt sortir un troisième épisode, ce serait intéressant de voir si les développeurs ont évolué dans leur approche de ce personnage…

Un mot pour dire que le contrôle à la manette est excellent : les deux sticks servent à bouger le curseur, mais à des vitesses différentes, et on peut les actionner tous les deux en même temps pour aller plus vite ! Leur sensibilité et leur zone morte m’ont semblé parfaitement appropriées. Du beau boulot ! J’aurais juste ajouté la touche R1 pour interagir, en plus de la touche croix : ça nous aurait évité de lâcher le stick (même si moi j’ai pallié cela avec la fixation dorsale de commandes). Et puis la traduction française, signée Christophe Pallarès, était très soignée. Les conditions étaient donc réunies pour que j’aille, lentement mais sûrement, jusqu’au bout de l’aventure…

Ah et une dernière info : l’édition PS4 est en version 2.66.826, tandis que l’édition Steam est en 2.66.1626… Donc l’édition PS4 n’est pas totalement à jour. Mais elle est bien mieux lotie que l’édition Epic, qui est, elle, en 2.17.0 ! Les développeurs semblent l’avoir abandonnée prématurément… Triste.

Il s'agit d'un vidéogiciel d'aventure en pointer-cliquer au style rétro sympathique sans être dingue (belles couleurs mais esthétique manquant de caractère à mon sens), avec un excellent support manette et une traduction française idéale. Oui mais le déroulé des neuf affaires indépendantes et l'humour douzième degré permanent n'ont pas (du tout) remporté mon adhésion... Je suis quand même curieux de la suite.
Verdict = dispensable | ok | vaut le coup ! | énormissime

 

Note(s)

  1. ^ Présentation du Playstation Store.

 

Galerie d’images

01a
Un petit florilège de « l’humour » du VG : ici Dooley brise le quatrième mur en parlant de TDD…
01b
…no comment…
01b2
…autre blague mi-lourdingue, mi-mignonne… Mais quand même plus lourdingue que mignonne…
01c
…un personnage religieux qui se tacle lui-même…
01d
…et un jeu de mots coquin.
02
Je dois le dire, je trouve la traduction vraiment excellente et naturelle. Signée Christophe Pallarès, crédité au générique.
03a
J’ai tout de même trois critiques à adresser à cette traduction (ce qui est peu au vu du volume de texte). La première c’est justement l’utilisation du verbe « adresser » comme traduction du verbe anglais « to adress », alors qu’il est un faux ami (malheureusement très utilisé en entreprise) et qu’ici il serait avantageusement remplacé par « régler »…
03b
…« tenir le proverbial fort » : plusieurs problèmes ici. L’expression anglaise « hold the fort » devrait à mon sens être adaptée plutôt que traduite littéralement (le sens est ici je pense « monter la garde »), tandis que l’usage de « proverbial » (placé comme en anglais avant le nom) devrait lui aussi faire l’objet d’une adaptation. Je trouve l’usage même de « proverbial » en anglais lourdingue, car c’est une manière peu subtile de souligner que l’on est bien en train d’utiliser une métaphore, ici « tenir le fort » alors que l’on est dans une église. « Pendant que je continue de monter la garde de l’expression », ou « monter la garde métaphorique » pourraient être des pistes…
03c
…« cyberplainer » : je pense qu’il s’agit d’un jeu de mot avec le verbe « to mansplain » que je vois traduit en français en « mecspliquer ». C’est un verbe féministe qui renvoie à la propension des hommes à expliquer avec condescendance aux femmes des choses qu’elles savent déjà. Ici McQueen reproche à une machine son « cyber-patronizing » en VO. Le traducteur a créé un anglicisme (« cyberplainer ») à partir d’un jeu de mot avec le verbe anglais « to mansplain » que les francophones ne connaissent pas forcément… Si je tenais à jouer avec « to mansplain » je serais parti de la traduction « mecspliquer » pour aboutir à « cyberspliquer ». Sinon, il était aussi possible d’adapter « to cyber-patronize » autrement, « cyber-prendre de haut » par exemple… Pas simple.
04
Le personnage de Dooley est un abruti conspirationniste fini, qui ne m’a pas franchement fait rigoler vu combien de gens aujourd’hui croient des choses fausses ou remettent en question des choses vraies (comme le réchauffement climatique). Notre rapport à la vérité est tellement médiocre et affecte tellement nos choix individuels, politiques et électoraux, avec des conséquences dramatiques, que ça ne m’amuse pas du tout.
05
Les rares énigmes où il s’agit de placer les bons symboles à partir d’un modèle sont une bonne illustration de la difficulté très faible du challenge interactif que nous oppose TDD.
06
Encore une fois la trad’ fait super plaisir avec des références très locales (le film évoqué s’appelle en réalité « Génération Perdue »).
07
La loufoquerie du scénario ne m’a pas franchement amusé. C’est du douzième degré et ça ne m’apporte pas grand-chose.
08
Dommage : j’ai trouvé deux écrans où les phrases en français ne s’affichaient pas en entier.
09
Comme dans de nombreux VG en pointer-cliquer modernes, on peut mettre en évidence (ici momentanément) l’ensemble des points interactifs.

 

Commentaires

1. Le lundi 28 septembre 2026, 13:44 par Marie-Thérèse

Merci pour cette belle critique engagée et enrichissante!Je ne connaissais pas l’expression « briser le 4ème mur » et j’ai appris des anglicismes dont un particulièrement intéressant « to mansplain  » qui renvoie au verbe «mecspliquer » et que je trouve bien pensé par les féministes ! J’ai bien apprécié aussi ton propos écologiste sur les bassines dont tu as donné une explication brève et très claire et l’évocation de ces gens « inatteignables » ainsi que du complotisme insupportable. Et enfin, j’ai trouvé mignon ces images qui m’ont fait penser à des Lego et très drôle Génération Pertuis ! Pour en revenir au concept du 4ème mur, ça doit bien casser l’immersion je pense. Espérons que le prochain aura évolué en bien !

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